Chroniques au cœur du vignoble gaillacois #3 : L’Enclos des Braves

Nicolas Lebrun devant ses vignes - Domaine  de L'Enclos des Braves

Nicolas Lebrun devant ses vignes – Domaine de L’Enclos des Braves

C’est parti pour le 3ème billet sur Gaillac et le 2ème portrait de vigneron!

Ce coup-ci je vous emmène à Vertus, tout près de Rabastens (et donc au sud-ouest de Gaillac), pour découvrir le vigneron qui se cache derrière les vins d’un domaine joliment nommé L’Enclos des Braves. Ce vigneron c’est Nicolas Lebrun.

Ce dernier m’a reçue mi février pour une visite de son domaine. Le temps étant à la pluie ce matin-là, nous n’avons pas pu nous balader dans les vignes. Heureusement, le chai était là pour nous accueillir, même s’il fallait cependant être chaudement vêtu pour s’y aventurer car la température y avoisinait les 8°C.

Nicolas Lebrun est d’origine gersoise. C’est sa passion pour le vin et la vigne qui l’a poussé à faire des études d’oenologie à Bordeaux. Puis c’est en suivant sa femme Chantal qu’il s’est retrouvé dans la région toulousaine, et plus précisément à Gaillac, où il a exercé pendant plusieurs années ses talents d’oenologue et de vinificateur auprès de 5 domaines de l’appellation. En 2005, mû par l’envie de faire des vins qui lui ressemblent, il réalisa son rêve de devenir vigneron en achetant avec sa femme 6 ha de vignes et en construisant un chai.

Qu’est-ce qui lui a plu à Vertus?

Ces parcelles situées sur un coteau, il les a choisies pour leur environnement préservé et surtout pour leur très bonne exposition plein sud.
Côté sols, on est sur les coteaux de la rive droite du Tarn, et donc sur un terroir caractérisé par des sols argilo-calcaires comme je l’évoquais dans mon précédent billet sur le vignoble gaillacois. Sur les parcelles de l’Enclos des Braves, on a affaire à des sols riches en argiles, argiles pouvant aller jusqu’à 3 m de profondeur.
L’association de cette exposition et de ces sols permet une maturation lente des raisins, gage, pour Nicolas Lebrun, de « richesse, finesse et équilibre pour les vins ».

Priorité aux cépages locaux

5 cépages se côtoient sur le domaine, avec une belle part accordée aux cépages autochtones. Sur la partie haute du coteau, on retrouve ainsi du Duras, du Braucol (ou Fer Servadou) et du Gamay (cépages plantés en 1978 et 1992). Et sur la partie basse, du Loin de L’Oeil et du Sauvignon (plantés en 1992). Cépages qui vont bientôt être rejoints par le Prunelart et le Mauzac que Nicolas s’apprête à planter avec du Braucol sur les 2 ha supplémentaires qu’il a rachetés.
Pour revenir au Duras, il reste, aux yeux de Nicolas, un cépage assez peu utilisé car il est très typé mais aussi compliqué à travailler (demande du travail à la vigne, donne de petits rendements, oblige à vraiment ramasser les raisins à maturité). Et pourtant selon lui il donne des grands vins de garde car il conserve beaucoup d’acidité.

Les vignes et le chai

Les vignes et le chai

Un oenologue convaincu par le bio

Dans l’imaginaire de certains, les oenologues sont forcément des techniciens adeptes des produits chimiques. Or là (comme c’était le cas avec Patrice Lescarret du domaine de Causse Marines), on a affaire à un œnologue qui a fait le choix de travailler en bio pour suivre ses convictions personnelles. Le déclic, il l’a eu en 2007 et le vignoble est conduit en agriculture biologique depuis 2009 et en biodynamie depuis 2012. Un choix qui amène Nicolas Lebrun à passer beaucoup de temps dans ses vignes.
Il me disait d’ailleurs qu’il était convaincu que les rapports du vigneron avec ces vignes avaient une incidence sur la qualité du vin. Un discours qu’on retrouvait aussi chez Causse Marines et chez les vignerons en biodynamie présentés dans la Clef des Terroirs.

La vinification quant à elle est, selon ses propres termes, « non interventionniste mais maîtrisée« . Le raisin est vinifié et le vin élevé sans produits œnologiques.
Il n’utilise plus de levures, et les remplace par un levain qu’il réalise avec les premières pressées.
Plusieurs de ses cuvées sont élevées sur lies, en cuve. Les lies apportent du gras et protègent de l’oxydation, ce qui permet de limiter l’usage du soufre.

Et la dégustation dans tout ça?

L’Enclos des Braves produit 3 gammes: Les Gourmands, L’Enclos, Bravissimo.

Les Gourmands sont des vins d’entrée de gamme, frais et fruités.
Les cuvées L’Enclos sont des vins plus ambitieux, qui reflètent la profondeur du terroir et mêlent puissance et finesse.
La cuvée Bravissimo est la cuvée haut de gamme du domaine, celle où le travail est poussé le plus loin. Une cuvée 100% Braucol qui est affectivement la cuvée préférée de Nicolas Lebrun.

J’ai eu l’occasion sur place de goûter toutes les cuvées (certaines n’étant cependant pas encore mises en bouteille).

Les Gourmands – blanc sec – 2012: assemblage 50% Sauvignon, 50% Loin de l’Oeil (les 2 jus fermentent ensemble). Assez frais, un peu épicé, relativement complexe.
L’Enclos – blanc sec – 2011: raisins récoltés à surmaturité, assemblage 75% Sauvignon, 25% Loin de l’Oeil. Robe pâle (couleur absorbée par les lies). Plus gras, minéral, floral. Pas mal du tout.
Les Gourmands – rosé (je n’ai pas retenu le millésime): rosé de saignée, assemblage 60% Duras, 30% Braucol, 10% Gamay. Frais, mais je ne suis pas une grande fan de rosé…
Les Gourmand – rouge – 2010: assemblage 70% Duras, 30% Braucol. Bonne acidité grâce au Duras, notes de fruits rouges, de poivre et d’épices. Très agréable.
L’Enclos – rouge – 2010: assemblage 80% Braucol, 20% Prunelart. Elevage en cuve et en barrique. Un peu fermé au moment de la dégustation. Fruits noirs et épices, assez riche. À carafer.
Bravissimo – rouge – 2009: 100% Braucol. Élevé et vinifié en barrique. Fruits noirs, cassis, notes de chocolat, de grillé. Puissant mais élégant, avec des tanins maîtrisés. Sera à mon avis encore meilleur dans quelques années.
Les Gourmands – blanc doux – 2011: 50% Sauvignon, 50% Loin de l’Oeil. Sauvignon passerillé, Loin de l’Oeil botrytisé. Robe assez claire. Joli nez (poire, fleurs) et belle fraîcheur.
L’Enclos – blanc doux – 2010: 100% Loin de l’Oeil. Fermente 1 an en barrique. Nez riche et complexe de fruits confits, mais bouche un peu trop sucrée à mon goût.
En revanche, j’ai été séduite par la cuvée 2012, goûtée sur barrique, qui présente de belles notes exotiques (mangue notamment) et beaucoup de fraîcheur contrebalançant le sucre.
Ce qui confirme ce que me disait Nicolas Lebrun, à savoir que le millésime 2012 s’annonçe au top pour les doux et les liquoreux.

Les vins dégustés

Les vins dégustés

Pour finir ce billet, je citerais une phrase de Nicolas Lebrun sur sa brochure de présentation car elle résume ce qu’il recherche dans ses vins :

« Cette démarche, basée sur l’observation et l’accompagnement de nos parcelles, permet d’obtenir un vin sain, non pollué, expression fidèle de notre terroir, de notre vigne, du millésime et de ma personnalité de vigneron ».

L’Enclos des Braves
Chantal & Nicolas Lebrun
RD 18 – Vertus
81800 Rabastens
contact@lenclosdesbraves.com
Tél : +33 (0)5 63 40 33 49

Je vous invite aussi à aller sur leur site internet http://www.lenclosdesbraves.com pour suivre l’actualité du domaine.

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Chroniques au cœur du vignoble gaillacois #2 : Causse Marines

Virginie Maignien devant ses vignes - Domaine de Causse Marines

Virginie Maignien devant ses vignes – Domaine de Causse Marines

Suite à mon dernier billet dans lequel je vous présentais le vignoble de Gaillac (billet que vous pouvez relire en cliquant ICI), je vous propose de continuer avec une série de portraits de vignerons gaillacois.

Et pour entamer cette série, je vous emmène à la rencontre de Virginie Maignien du Domaine de Causse Marines, situé sur les hauteurs du village de Vieux, sur le plateau cordais.

Causse Marines, c’est un domaine conduit en biodynamie par un duo de choc, Patrice Lescarret et Virginie Maignien. Patrice étant absent ce jour-là, c’est Virginie, accompagnée de son chien Darius (dont ma doudoune se souvient encore de l’enthousiasme ;-)) qui m’a accueillie sur place en début d’après-midi.

Au programme : un échange très intéressant sur l’appellation et ses problématiques, puis une visite du domaine en compagnie d’un couple de vignerons italiens de passage dans la région.

Un domaine qui fut baptisé lors de son rachat par Patrice en 1993. « Causse » car l’ensemble du vignoble s’étend sur un causse calcaire et « Marines » eut égard au nom du ruisseau délimitant le bas de la propriété. Une propriété qui s’étend aujourd’hui sur 40 ha, dont 12 ha de vignes qui entourent la maison (une ancienne ferme que Virginie et Patrice ont restaurée).

Si on y regarde de plus près, rien ne prédisposait a priori Patrice et Virginie à atterrir à Gaillac puisque le premier est originaire de Bordeaux et la seconde du Jura.
Patrice, diplômé de l’Institut d’Oenologie de Bordeaux, fit ses classes à Sancerre et en Provence avant de se lancer en solo en 1993. Virginie quant à elle est d’abord passée sur les bancs d’une grande école de commerce et a travaillé dans d’autres domaines avant de choisir la voie du vin et d’entreprendre des études viti-vinicoles au CFPPA de Beaune. En 2005, elle est venue faire les vendanges à Causse Marines et n’est jamais repartie.
Alors pourquoi le choix de Gaillac?

Mise à l’honneur des cépages autochtones

Leur intérêt commun pour les vieux cépages autochtones est une des raisons principales.
Les vignes travaillées sur le domaine sont ainsi soit des vieilles vignes « greffées en place » (celles en bas de la maison datent de 1932 et celles près de la route ont 70 ans) soit de nouvelles plantations issues de sélection massale ; et on y trouve pas moins de 13 cépages : Muscadelle, Loin de l’Oeil, Ondenc, Mauzac, Chenin, Sémillon et Petit Manseng pour les blancs ; Braucol, Duras, Prunelard, Syrah, Jurançon et Alicante pour les rouges.

Darius nous accompagne dans la visite du domaine

Darius nous accompagne dans la visite du domaine

Bio, biodynamie et vins natures : une évidence

Le choix de cette propriété un peu à l’écart du village et le rachat par la suite des terrains et forêts l’entourant ont été motivés par leur volonté de se créer un petit îlot isolé leur permettant d’être tranquilles et de travailler comme ils le souhaitaient, c’est-à-dire en accord avec la nature. Comme je l’évoquais plus haut, le domaine de Causse Marines est conduit en biodynamie. Officiellement certifié bio depuis 2008 (même s’il l’était officieusement depuis 1997), il est également certifié Demeter depuis 2009.

C’est Virginie qui s’occupe des préparations nécessaires au travail en biodynamie.
Les sols sont travaillés un rang sur deux, les vignes bichonnées et taillées en guyot sur fil ou en gobelet selon les cépages. A partir de mi septembre pour les vins blancs secs et jusqu’à fin octobre ou fin novembre pour les vins doux, les raisins sont vendangés et triés manuellement (un gîte est loué pour l’occasion pour la ribambelle d’amis fidèles qui viennent leur prêter mains fortes). Un travail d’orfèvre qui se traduit par des rendements, d’environ 25 hectolitres par hectare.
Le soin apporté dans les vignes pour obtenir les meilleurs raisins, est suivi d’un travail de vinification à la cave qui se veut le plus naturel possible. Les raisins sont pressés en inertage sous gaz carbonique afin de limiter l’usage du soufre, et collage et filtration sont réduits au maximum.

Maintenant que vous savez tout ou presque sur le domaine et sur la façon dont les vins sont élaborés, passons à une étape essentielle, la dégustation !

Et côté dégustation, ça donne quoi?

Niveau production, Causse Marines produit environ 50% de vins blancs ou moelleux et 50% de vins rouges.

Le jour J, je n’ai pas eu l’occasion de tout goûter car plusieurs cuvées étaient en rupture de stock ou pas encore mises en bouteille.
Mais nous avons tout de même eu le plaisir de découvrir plusieurs vins, classés en vins de table : Dencon, Rasdu, Zacmau.
Bizarres ces noms me direz-vous, mais il s’agit en fait des noms à l’envers des cépages avec lesquels ils sont élaborés (une façon astucieuse de contourner la règle qui empêche de mentionner le nom des cépages sur les vins de table) : Dencon pour Ondenc, Rasdu pour Duras et Zacmau pour Mauzac.
Pour ma part, j’ai été séduite par le Zacmau qui parvient à allier finesse et peps, et possède une belle longueur. Mais j’ai aussi trouvé le Rasdu très intéressant, avec des tannins présents et une belle acidité, typique du Duras. Un vin que j’apprécierais cependant davantage à table à mon avis.

Pour finir, Virginie nous a réservé une petite surprise en sortant un truc un peu barré, une cuvée baptisée Hystérie. Hystérie en résumé c’est un moût partiellement fermenté, 10 ans d’élevage et seulement 1° d’alcool, le tout dans une bouteille allongée de 10 cl. Le résultat : un nectar ultra concentré, à la texture sirupeuse, mais qui conserve de l’acidité. Très original en bouche !

De retour à Toulouse, je suis allée faire un saut chez mon caviste et j’ai réussi à y dégoter quelques cuvées supplémentaires, en AOC ce coup-ci, que je me suis empressée de goûter.

Les Greilles 2011 (blanc) : un vin qui m’a moins convaincue que le Zacmau. Nez un peu fermé, bouche manquant d’acidité à mon goût. Mais j’aurais peut-être dû l’aérer un peu plus. À retester donc!
Les Peyrouzelles 2011 (rouge) : un vin sur le fruit, tout en légèreté, avec une pointe d’épices. Seul bémol : une finale qui m’a semblée un peu courte.
Grains de Folie 2008 (blanc moelleux) : une jolie robe dorée, de la finesse, de la complexité et surtout un bel équilibre entre la douceur et l’acidité qui évite l’écueil de certains vins moelleux que je trouve parfois trop sucrés.

Les cuvées dégustées

Les cuvées dégustées

Pour finir ce billet, je citerais la phrase de conclusion sur la brochure présentant le domaine que Virginie m’a remise en partant car elle traduit très bien pour moi l’état d’esprit des vins de Causse Marines :

« On peut faire bio « sans avoir le cheveu long et fumer la moquette » ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache ».

Domaine de Causse Marines
Patrice Lescarret & Virginie Maignien
81140 Vieux
Tél : +33 (0)5 63 33 98 30

Je vous invite également à aller sur leur site internet http://www.causse-marines.com pour découvrir les autres cuvées disponibles et suivre l’actualité du domaine.

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Chroniques au cœur du vignoble gaillacois #1 : vue d’ensemble

Source visuel : dépliant "La Route des Vins" de l'Office du Tourisme de Gaillac

Source visuel : dépliant « La Route des Vins » de l’Office du Tourisme de Gaillac

Dans le tout premier billet de ce blog (que vous pouvez relire en cliquant ICI), j’évoquais avec vous mon souhait de vous parler de régions viticoles françaises un peu moins connues, en particulier le Sud-Ouest et la Corse.

Je vous propose de commencer mes chroniques à la découverte du Sud-Ouest en vous emmenant sur les terres gaillacoises.

Pourquoi Gaillac?

En premier lieu parce qu’avec Fronton, ce vignoble du Tarn est l’un des vignobles les plus proches de Toulouse. Et donc l’un des premiers vignobles du Sud-Ouest que j’ai eu l’occasion de découvrir à mon arrivée dans la Ville Rose.

Ensuite, et surtout, parce que pour moi ce vignoble, encore trop méconnu et souvent mal jugé, recèle de richesses et produit de très bons vins qui ne se résument pas au Gaillac Primeur dont on fait la promotion à Toulouse à partir du 3ème jeudi de novembre.

Pour vous le faire découvrir, je vous emmènerai, à travers une série de billets, à la rencontre de quelques vignerons dont j’ai aimé les vins autant que l’histoire et/ou le caractère. Mais avant d’évoquer avec vous ces rencontres, je voudrais commencer par vous donner quelques éléments de contexte sur cette appellation.

Géographiquement, le vignoble de Gaillac se situe donc au nord-est de Toulouse, sur le département du Tarn. Il s’étend sur les deux rives de la rivière éponyme, vers l’est jusqu’à Albi et vers le nord jusqu’à la cité médiévale de Cordes-sur-Ciel.
Les vallées parallèles de la Vère et du Tarn structurent le vignoble en 3 versants de nature géologique spécifique : les terrasses de la rive gauche (dont les sols sont constitués de galets, de graviers, de sable ou de boulbènes), les coteaux de la rive droite (aux terres argilo-calcaires et bénéficiant d’une exposition plein sud et d’une altitude plus élevée) et le plateau cordais (qui domine la vallée de la Vère et dont le terroir se caractérise par des sols blancs calcaires et caillouteux). Côté climat, le vignoble bénéficie à la fois de la douceur océanique et de la chaleur méditerranéenne.

Les 3 terroirs du vignoble de Gaillac

Les 3 terroirs du vignoble de Gaillac

S’il est le plus ancien des vignobles du Sud-Ouest, Gaillac figure aussi parmi les plus anciens vignobles français. En effet, la vigne sur ces terres remonterait à l’occupation des Romains au 1er siècle avant Jésus-Christ, voire même avant comme en témoigne la découverte d’amphores romaines datant du 2ème siècle avant J-C à Montans, une ville voisine de Gaillac.

La cité de Gaillac (du latin « Gallus » qui veut dire coq) fut officiellement bâtie en 972. Et ce sont les moines bénédictins de l’Abbaye Saint-Michel de Gaillac qui, au Moyen-Age, ont les premiers entrepris d’organiser le vignoble. Leur travail de sélection et leur recherche constante de la qualité permirent aux vins de Gaillac de jouir d’une excellente réputation en Europe pendant des siècles, notamment auprès de plusieurs monarques, à commencer par Henri III et Louis XIV qui en étaient friands.

Plusieurs siècles plus tard, et malgré les crises rencontrées (notamment celle du phylloxera), c’est la réputation et la qualité de ses vins blancs qui valut à Gaillac un classement en AOC en 1938. L’AOC sera obtenue en 1970 pour les rouges et les rosés.

Aujourd’hui l’appellation s’étend sur environ 3 300 ha et compte 3 caves coopératives et 118 producteurs indépendants.
Sa production annuelle atteint 140 000 hectolitres.
Si les blancs ont longtemps représenté la majorité de la production du vignoble, cela s’est inversé car aujourd’hui l’AOC produit 65% de rouges, 30% de blancs et 5% de rosés. Environ 15% de cette production part à l’exportation.

Comment caractériser cette appellation?
Emmanuel Delmas la décrivait encore hier sur son blog comme « Une appellation pas simple à appréhender en l’état ». Vous pouvez retrouver son billet en cliquant ICI.

Une complexité liée à sa très grande diversité.

On appelle ainsi Gaillac le « Vignoble aux 7 vins » car il possède pas moins de 7 AOC : blanc sec, blanc doux, blanc fraîcheur perlée, blanc effervescent (selon la méthode ancestrale gaillacoise), rouge, primeur, rosé. Sans compter le vin de voile qui n’est pas en AOC et qui est élevé comme les vins de Xérès ou les vins jaunes du Jura.

Diversité aussi à travers le très grand nombre de cépages utilisés et notamment le nombre de cépages autochtones. Pour les blancs, on retrouve ainsi quelques cépages connus comme le Sauvignon blanc et la Muscadelle, mais les principaux cépages sont des cépages locaux à savoir le Mauzac, le Len de l’El (ou Loin de l’Oeil) et l’Ondenc. Pour les rouges et rosés le Duras et le Braucol (appelé également Fer Servadou) ou encore le Prunelard côtoient des cépages plus connus comme la Syrah et le Gamay et même le Cabernet Sauvignon.

À cet égard, un vigneron, Robert Plageoles, a fortement œuvré pour ressusciter les cépages oubliés de Gaillac, comme l’Ondenc et le Prunelard. Mais nous évoquerons Robert Plageoles et son fils Bernard dans un prochain billet.
Hormis les Plageoles, ils sont nombreux parmi les jeunes vignerons à vouloir mettre en avant les cépages locaux. Certains arrachent même la Syrah ou le Gamay pour replanter des cépages plus typiques.

Avec toutes ces AOC et tous ces cépages, pas facile de s’y retrouver mais c’est aussi cela qui fait la richesse de l’appellation. Surtout quand cette diversité est exploitée par des vignerons talentueux et passionnés comme ceux que j’ai rencontrés.

Des vignerons dont je vous parlerai dans les prochains billets.

Sources pour les chiffres sur l’appellation : Magazine Contact Pro hors-série Printemps 2012 Spécial Vins du Sud-Ouest + livret remis à l’Oenothèque du SISQA (du 13 au 16 décembre 2012).

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Viens au SISQA et aux vins du Sud-Ouest tu succomberas

Affiche du SISQA

Voici la devise qu’on pourrait associer au Salon de la Qualité Alimentaire (le fameux SISQA) qui a eu lieu à Toulouse en décembre dernier.

Outre mon envie de me faire plaisir (un salon qui réunit en un seul et même endroit des vins et les meilleurs produits du terroir du Sud-Ouest, que demander de plus ?!), je voulais continuer à approfondir ma connaissance des différentes appellations du Sud-Ouest, notamment celles un peu plus éloignées de Toulouse.
Petite précision qui a son importance : quand je parle ici des vins du Sud-Ouest, je n’inclus pas les vins de Bordeaux car la région bordelaise est pour moi une région viticole à part.

Mais revenons-en au SISQA.
Et d’abord à une initiative que je voudrais saluer : l’œnothèque des vins et spiritueux mise en place par l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest.

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Le principe : pour 6€, on vous remettait un verre et 3 coupons vous donnant droit à la dégustation de 3 vins, servis par les élèves du Lycée des Métiers de l’Hôtellerie et du Tourisme d’Occitanie (section sommellerie), ainsi qu’un petit carnet de présentation des différentes AOP et IGP du Sud-Ouest, avec la liste des producteurs présents sur le salon.
Une initiative que je trouve personnellement très intéressante pour permettre aux visiteurs du salon, qui ne sont pas forcément des oenophiles ou des amateurs éclairés de vins du Sud-Ouest, de se familiariser avec ces vins avant d’aller ensuite rencontrer les producteurs de ceux qu’ils ont aimés afin d’en savoir plus. Faire des amateurs locaux les 1ers ambassadeurs de ces vins me semble en effet essentiel pour que Toulouse devienne vraiment la « capitale des vins du Sud-Ouest ». D’autant plus qu’après presque 2 ans dans la ville rose, je trouve qu’on n’y parle pas assez de vin. Un exemple flagrant : faites un tour à l’Office du tourisme et vous verrez qu’il n’y a absolument aucune documentation ou mention sur les richesses viticoles de la région toulousaine alors qu’il y a tout de même 2 vignobles, Fronton et Gaillac, à moins d’1h de Toulouse ! Mais bon, restons sur le point positif qu’une initiative telle que l’œnothèque du SISQA va dans le bon sens. Seule suggestion que je ferais aux organisateurs : proposer une 2ème formule pour ceux qui veulent déguster plus que boire (et donc qui crachent), avec des verres moins remplis (4-6cl) mais la possibilité, pour le même prix, de découvrir par exemple 6 vins au lieu de 3.

Je ne vais pas vous détailler ici l’ensemble des vins que j’ai dégustés lors du salon, mais plutôt vous parler en particulier d’une appellation, Saint Mont, que j’ai eu plaisir à découvrir grâce aux producteurs de Plaimont (la principale coopérative). Cette appellation de 1 200 ha se situe sur le département du Gers. Le vignoble, situé sur les coteaux du Piémont Pyrénéen, bénéficie d’un terroir unique, composé de 3 types de sols (sables fauves, argiles bigarrées et galets maucors), et d’un climat à influence océanique qui favorise une maturation lente des raisins. Il produit des vins rouges, blancs et rosés. Si on y trouve des cépages connus du bordelais (cabernet sauvignon et cabernet franc), les cépages rouges font surtout la part belle aux cépages autochtones : le célèbre tannat, cépage majeur du Sud-Ouest, qui doit obligatoirement représenter 60% minimum de l’assemblage, mais aussi le pinenc, typique de l’appellation, qui doit entrer dans l’assemblage à hauteur de 20% minimum. Pour les blancs, là aussi les cépages locaux sont à l’honneur avec l’arrufiac, le petit courbu, le petit et le gros manseng. Pour info, cette appellation possède également un conservatoire ampélographique (un nom un peu compliqué qui désigne l’étude de la vigne et des cépages) et on y trouve des pieds de vignes de plus de 150 ans ayant résisté au phylloxéra (le phylloxéra c’est le puceron à l’origine du ravage des vignes européennes entre 1860 et 1880).
Et côté dégustation, ça donne quoi? Eh bien, ce n’est pas mal du tout ! Les rouges dégustés étaient certes un peu jeunes à mon goût mais certains étaient déjà très plaisants et présentaient un beau potentiel. Parmi mes coups de coeur : le Château de Sabazan en rouge et L’Empreinte de Saint Mont en blanc, mais aussi Le Faîte, en rouge et en blanc, dont j’ai beaucoup aimé l’originalité des bouteilles « habillées comme autrefois ».

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Vous voulez en savoir plus sur cette appellation ? Je vous invite à découvrir le site http://www.vins-saintmont.com et la page Facebook. Si vous souhaitez vous y rendre, sachez qu’il y a des journées portes ouvertes du 22 au 24 mars. Plus de détails sur le site http://www.plaimont.com.

Et parce que le SISQA ce n’est pas qu’un salon du vin, vous pourrez trouver plus d’infos sur ce salon en allant sur http://www.sisqa.fr.

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