Vacqueyras, à la pointe du bio en Vallée du Rhône

Master Class Vacqueyras - Salon Découvertes en Vallée du Rhône

Master Class Vacqueyras – Salon Découvertes en Vallée du Rhône

Voici venu le moment de terminer le récit de mon escapade en Vallée du Rhône avec la dernière Master Class à laquelle j’ai assisté lors du Salon Découvertes en Vallée du Rhône : celle dédiée à l’appellation Vacqueyras et à ses vins bio.

Vous vous demandez peut-être pourquoi Inter Rhône a souhaité mettre l’accent sur le bio lors de cette Master Class. Tout simplement parce qu’au sein des AOC rhodaniennes, Vacqueyras tient le haut du pavé en matière de viticulture biologique.

Vacqueyras, la force du biologique

Les chiffres 2011 communiqués par Inter Rhône lors de la Master Class parlent d’eux-mêmes.

Si l’appellation Vacqueyras (AOC Cru depuis 1990) ne représente que 2% des surfaces totales de la Vallée du Rhône, elle pèse plus de 4.6% des surfaces certifiées AB ou en conversion avec 110 ha certifiés AB et 160 ha en conversion (soit 270 ha sur les 1400 ha que compte au total l’appellation).

De la même façon, sur les 285 entreprises certifiées bio, en biodynamie ou en conversion des AOC de la Vallée du Rhône, Vacqueyras compte 35 entreprises (31 entreprises de production et 4 maisons de négoce) soit 12.2%. Sachant que l’appellation compte au total 83 caves particulières, 5 coopératives et 32 maisons de négoce.

Enfin, si elle ne représente que 14% des surfaces des 16 AOC Crus de la Vallée du Rhône (Châteauneuf-du-Pape et Château-Grillet n’étant pas inclus dans l’étude d’Inter Rhône), elle pèse 23.2% des surfaces des AOC Crus en bio ou en conversion.

Et la dégustation?

La Master Class m’a donné l’occasion de déguster pas moins de 12 vins, mais je me contenterai ici de vous parler de ceux que j’ai le plus appréciés.
NB : Ceux que ça intéresse pourront retrouver la liste complète des vins dégustés à la fin de ce billet.

Il faut savoir que sur l’appellation au global (donc bio + conventionnel), les rouges se taillent la part du lion avec 95% des volumes produits contre 3% pour les blancs et 2% pour les rosés.
Assez logiquement, les rouges étaient en supériorité numérique lors de la Master Class.

Coup de coeur avéré pour le domaine Montirius

La dégustation a d’abord confirmé mon coup de cœur du week-end pour les vins du domaine Montirius.

Le domaine Montirius représenté par Justine et Christine Saurel lors Live Tasting du Vinocamp Rhône

Le domaine Montirius représenté par Justine et Christine Saurel lors Live Tasting du Vinocamp Rhône

Montirius, c’est un domaine de 58 ha sur les appellations AOC Vacqueyras, Gigondas et Côtes du Rhône qui fut le 1er vignoble certifié en biodynamie sur les appellations Vacqueyras et Gigondas (certification Ecocert et Biodyvin depuis 1999). C’est aussi un domaine familial depuis 5 générations, où se sont installés Christine et Eric Saurel depuis 1986.
Pour la petite anecdote, le nom du domaine est une contraction des prénoms de leurs enfants : MON (Manon) – TI (Justine) – RIUS (Marius), enfants qui sont également très actifs sur le domaine, notamment Justine, leur fille aînée, en cours d’installation jeune agricultrice sur Montirius. Pour en savoir plus sur la démarche d’Eric et Christine vis-à-vis de la biodynamie je vous invite à aller sur leur site (www.montirius.com) mais aussi à aller regarder leur interview vidéo sur le site de VE2F (Vin Equitable de France) en cliquant ICI.

Cuvée "Minéral" du Domaine Montirius

Cuvée « Minéral » du domaine Montirius

Pour en revenir à la dégustation, lors du Vinocamp, comme beaucoup des participants, j’avais d’emblée été séduite par le Vacqueyras blanc, Montirius « Minéral » 2006, que nous avaient présenté Christine et Justine Saurel. J’avais notamment apprécié sa finesse et sa fraîcheur. Pendant la Master Class j’ai eu l’occasion de regoûter ce vin, cette fois-ci dans le millésime 2008. Ses notes florales et son étonnante fraîcheur, alliée à une finale minérale et un brin saline, m’ont une fois de plus convaincue (même si au final, je crois que j’ai préféré le 2006).
Ce vin est réalisé à partir de Grenache blanc (25% – âge des vignes = 66 ans), de Roussanne (25% – âge des vignes = 20 ans) et de Bourboulenc (50% – âge des vignes = 20 ans) ; les vignes reposant sur des sols de garrigues et des sous-sols de sables et de grés jaunes de l’Helvétien. Comme le Bourboulenc est un cépage à maturité tardive, il est ramassé plus tard que les 2 autres, généralement fin octobre. Au moment de la vinification (en cuve inox), le vin de Grenache-Roussanne est assemblé au vin de Bourboulenc. L’élevage se fait ensuite en bouteille sombre pendant 1 an.

Cuvée "Le Clos" du domaine Montirius

Cuvée « Le Clos » du domaine Montirius

Autre vin dégusté lors du Vinocamp et de la Master Class : un Vacqueyras rouge, Montirius « Le Clos » 2007. Un vin dont j’ai là encore beaucoup aimé la finesse et l’élégance, même si j’ai trouvé le nez moins engageant lors de la Master Class. En bouche, les arômes de fruits plutôt rouges se mêlent à des notes d’épices, les tanins sont présents mais restent soyeux et le vin est doté d’une belle longueur.
Le nom de la cuvée provient du fait que la parcelle de 8,5 ha de vignes, située au début du Plateau des Garrigues, est un lieu clos, entouré de bois de chênes centenaires.
Sur ce vin, on est sur un assemblage de Grenache (50% – âge des vignes = 24 ans) et de Syrah (50% – âge des vignes = 24 ans). Le terroir sur lequel repose ces vignes est exceptionnel : en surface, on a affaire à un sol de garrigues, mais le sous-sol est composé de marnes argileuses bleues et de sable et grés de l’Helvétien contenant la plus complexe des argiles, la Montmorillonite. Après éraflage et vinification traditionnelle, le vin est élevé pendant 18 mois en cuve béton puis en bouteille.

2ème coup de cœur : le domaine Le Sang des Cailloux

Serge Férigoule (à gauche) et Eric Saurel (à droite) nous parlant de la biodynamie lors du Vinocamp Rhône

Serge Férigoule (à gauche) et Eric Saurel (à droite) nous parlant de la biodynamie lors du Vinocamp Rhône

La Master Class a également été l’occasion de confirmer un autre gros coup de coeur du week-end pour un domaine également en biodynamie, le domaine Le Sang des Cailloux.

Le Sang des Cailloux, c’est un domaine de 17 ha sur l’appellation Vacqueyras.
Il fut créé en 1975 au moment de la séparation des 2 frères Ricard. L’actuel propriétaire, Serge Férigoule, a d’abord intégré le domaine en tant qu’ouvrier agricole en 1979, avant de devenir associé en 1982 puis l’unique propriétaire en 1990. C’est suite à l’arrivée de son fils Frédéri sur le domaine qu’il a décidé de travailler en bio et en biodynamie. Le domaine est ainsi en certification biodynamie depuis 2008 et les vendanges sont certifiées Ecocert depuis 2010. Pour en savoir plus sur le domaine, n’hésitez pas à visiter le site internet : www.sangdescailloux.com.

Cuvée "Floureto" du domaine Le Sang des Cailloux

Cuvée « Floureto » du domaine Le Sang des Cailloux

Pour en revenir à la dégustation, au Vinocamp comme lors de la Master Class, je n’ai malheureusement pu déguster qu’un seul vin, un Vacqueyras rouge, Le Sang des Cailloux « Floureto » 2010, qui est la principale cuvée du domaine.
Pour la petite anecdote, selon les années, cette cuvée traditionnelle se nomme soit « Floureto » soit « Azalaïs » soit « Doucinello » et derrière ces 3 noms se cachent en fait les prénoms des 3 filles de Serge Férigoule.
Un seul vin disais-je, mais quel joli vin! De la richesse et de la complexité aromatiques alliées à des tanins tout en douceur pour cet assemblage de Grenache (70%), de Syrah (20%), de Mourvèdre (7%) et de Cinsault (3%).

Autres découvertes

Parmi les autre vins dégustés, j’ai aussi particulièrement apprécié la cuvée « Lao Muse » 2009 (rouge) du domaine Le Clos de Caveau (en culture biologique depuis 1989).

Voilà, j’en ai fini avec cette Master Class Vacqueyras mais aussi avec le récit de mon escapade en Vallée du Rhône.
J’espère que ces quelques billets vous ont plu et vous auront donné envie de découvrir certains de ces domaines/vins par vous-mêmes. Moi en tout cas, je sais que je reviendrai!

NB : Pour ceux que ça intéresse, voici comme promis la liste des autres vins dégustés pendant la Master Class (en plus des 4 vins cités précédemment):
En blanc :
Cuvée « Mélodine » – 2011 – Domaine de Montvac

En rosé :
Vacqueyras – 2011 – Domaine La Ligière

En rouge :
Cuvée « Les Restanques de Cabassole » – 2010 – Domaine Roucas Toumba
Cuvée « Fruit Sauvage  » – 2010 – Domaine Le Clos de Caveau
Cuvée « Arabesque » – 2010 – Domaine de Montvac
Vacqueyras – 2010 – Domaine de l’Espigouette
Vacqueyras – 2011 – Domaine La Ligière
Cuvée « Tradition » – 2011 – Domaine de Fontavin

Chroniques au cœur du vignoble gaillacois #3 : L’Enclos des Braves

Nicolas Lebrun devant ses vignes - Domaine  de L'Enclos des Braves

Nicolas Lebrun devant ses vignes – Domaine de L’Enclos des Braves

C’est parti pour le 3ème billet sur Gaillac et le 2ème portrait de vigneron!

Ce coup-ci je vous emmène à Vertus, tout près de Rabastens (et donc au sud-ouest de Gaillac), pour découvrir le vigneron qui se cache derrière les vins d’un domaine joliment nommé L’Enclos des Braves. Ce vigneron c’est Nicolas Lebrun.

Ce dernier m’a reçue mi février pour une visite de son domaine. Le temps étant à la pluie ce matin-là, nous n’avons pas pu nous balader dans les vignes. Heureusement, le chai était là pour nous accueillir, même s’il fallait cependant être chaudement vêtu pour s’y aventurer car la température y avoisinait les 8°C.

Nicolas Lebrun est d’origine gersoise. C’est sa passion pour le vin et la vigne qui l’a poussé à faire des études d’oenologie à Bordeaux. Puis c’est en suivant sa femme Chantal qu’il s’est retrouvé dans la région toulousaine, et plus précisément à Gaillac, où il a exercé pendant plusieurs années ses talents d’oenologue et de vinificateur auprès de 5 domaines de l’appellation. En 2005, mû par l’envie de faire des vins qui lui ressemblent, il réalisa son rêve de devenir vigneron en achetant avec sa femme 6 ha de vignes et en construisant un chai.

Qu’est-ce qui lui a plu à Vertus?

Ces parcelles situées sur un coteau, il les a choisies pour leur environnement préservé et surtout pour leur très bonne exposition plein sud.
Côté sols, on est sur les coteaux de la rive droite du Tarn, et donc sur un terroir caractérisé par des sols argilo-calcaires comme je l’évoquais dans mon précédent billet sur le vignoble gaillacois. Sur les parcelles de l’Enclos des Braves, on a affaire à des sols riches en argiles, argiles pouvant aller jusqu’à 3 m de profondeur.
L’association de cette exposition et de ces sols permet une maturation lente des raisins, gage, pour Nicolas Lebrun, de « richesse, finesse et équilibre pour les vins ».

Priorité aux cépages locaux

5 cépages se côtoient sur le domaine, avec une belle part accordée aux cépages autochtones. Sur la partie haute du coteau, on retrouve ainsi du Duras, du Braucol (ou Fer Servadou) et du Gamay (cépages plantés en 1978 et 1992). Et sur la partie basse, du Loin de L’Oeil et du Sauvignon (plantés en 1992). Cépages qui vont bientôt être rejoints par le Prunelart et le Mauzac que Nicolas s’apprête à planter avec du Braucol sur les 2 ha supplémentaires qu’il a rachetés.
Pour revenir au Duras, il reste, aux yeux de Nicolas, un cépage assez peu utilisé car il est très typé mais aussi compliqué à travailler (demande du travail à la vigne, donne de petits rendements, oblige à vraiment ramasser les raisins à maturité). Et pourtant selon lui il donne des grands vins de garde car il conserve beaucoup d’acidité.

Les vignes et le chai

Les vignes et le chai

Un oenologue convaincu par le bio

Dans l’imaginaire de certains, les oenologues sont forcément des techniciens adeptes des produits chimiques. Or là (comme c’était le cas avec Patrice Lescarret du domaine de Causse Marines), on a affaire à un œnologue qui a fait le choix de travailler en bio pour suivre ses convictions personnelles. Le déclic, il l’a eu en 2007 et le vignoble est conduit en agriculture biologique depuis 2009 et en biodynamie depuis 2012. Un choix qui amène Nicolas Lebrun à passer beaucoup de temps dans ses vignes.
Il me disait d’ailleurs qu’il était convaincu que les rapports du vigneron avec ces vignes avaient une incidence sur la qualité du vin. Un discours qu’on retrouvait aussi chez Causse Marines et chez les vignerons en biodynamie présentés dans la Clef des Terroirs.

La vinification quant à elle est, selon ses propres termes, « non interventionniste mais maîtrisée« . Le raisin est vinifié et le vin élevé sans produits œnologiques.
Il n’utilise plus de levures, et les remplace par un levain qu’il réalise avec les premières pressées.
Plusieurs de ses cuvées sont élevées sur lies, en cuve. Les lies apportent du gras et protègent de l’oxydation, ce qui permet de limiter l’usage du soufre.

Et la dégustation dans tout ça?

L’Enclos des Braves produit 3 gammes: Les Gourmands, L’Enclos, Bravissimo.

Les Gourmands sont des vins d’entrée de gamme, frais et fruités.
Les cuvées L’Enclos sont des vins plus ambitieux, qui reflètent la profondeur du terroir et mêlent puissance et finesse.
La cuvée Bravissimo est la cuvée haut de gamme du domaine, celle où le travail est poussé le plus loin. Une cuvée 100% Braucol qui est affectivement la cuvée préférée de Nicolas Lebrun.

J’ai eu l’occasion sur place de goûter toutes les cuvées (certaines n’étant cependant pas encore mises en bouteille).

Les Gourmands – blanc sec – 2012: assemblage 50% Sauvignon, 50% Loin de l’Oeil (les 2 jus fermentent ensemble). Assez frais, un peu épicé, relativement complexe.
L’Enclos – blanc sec – 2011: raisins récoltés à surmaturité, assemblage 75% Sauvignon, 25% Loin de l’Oeil. Robe pâle (couleur absorbée par les lies). Plus gras, minéral, floral. Pas mal du tout.
Les Gourmands – rosé (je n’ai pas retenu le millésime): rosé de saignée, assemblage 60% Duras, 30% Braucol, 10% Gamay. Frais, mais je ne suis pas une grande fan de rosé…
Les Gourmand – rouge – 2010: assemblage 70% Duras, 30% Braucol. Bonne acidité grâce au Duras, notes de fruits rouges, de poivre et d’épices. Très agréable.
L’Enclos – rouge – 2010: assemblage 80% Braucol, 20% Prunelart. Elevage en cuve et en barrique. Un peu fermé au moment de la dégustation. Fruits noirs et épices, assez riche. À carafer.
Bravissimo – rouge – 2009: 100% Braucol. Élevé et vinifié en barrique. Fruits noirs, cassis, notes de chocolat, de grillé. Puissant mais élégant, avec des tanins maîtrisés. Sera à mon avis encore meilleur dans quelques années.
Les Gourmands – blanc doux – 2011: 50% Sauvignon, 50% Loin de l’Oeil. Sauvignon passerillé, Loin de l’Oeil botrytisé. Robe assez claire. Joli nez (poire, fleurs) et belle fraîcheur.
L’Enclos – blanc doux – 2010: 100% Loin de l’Oeil. Fermente 1 an en barrique. Nez riche et complexe de fruits confits, mais bouche un peu trop sucrée à mon goût.
En revanche, j’ai été séduite par la cuvée 2012, goûtée sur barrique, qui présente de belles notes exotiques (mangue notamment) et beaucoup de fraîcheur contrebalançant le sucre.
Ce qui confirme ce que me disait Nicolas Lebrun, à savoir que le millésime 2012 s’annonçe au top pour les doux et les liquoreux.

Les vins dégustés

Les vins dégustés

Pour finir ce billet, je citerais une phrase de Nicolas Lebrun sur sa brochure de présentation car elle résume ce qu’il recherche dans ses vins :

« Cette démarche, basée sur l’observation et l’accompagnement de nos parcelles, permet d’obtenir un vin sain, non pollué, expression fidèle de notre terroir, de notre vigne, du millésime et de ma personnalité de vigneron ».

L’Enclos des Braves
Chantal & Nicolas Lebrun
RD 18 – Vertus
81800 Rabastens
contact@lenclosdesbraves.com
Tél : +33 (0)5 63 40 33 49

Je vous invite aussi à aller sur leur site internet http://www.lenclosdesbraves.com pour suivre l’actualité du domaine.

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Chroniques au cœur du vignoble gaillacois #2 : Causse Marines

Virginie Maignien devant ses vignes - Domaine de Causse Marines

Virginie Maignien devant ses vignes – Domaine de Causse Marines

Suite à mon dernier billet dans lequel je vous présentais le vignoble de Gaillac (billet que vous pouvez relire en cliquant ICI), je vous propose de continuer avec une série de portraits de vignerons gaillacois.

Et pour entamer cette série, je vous emmène à la rencontre de Virginie Maignien du Domaine de Causse Marines, situé sur les hauteurs du village de Vieux, sur le plateau cordais.

Causse Marines, c’est un domaine conduit en biodynamie par un duo de choc, Patrice Lescarret et Virginie Maignien. Patrice étant absent ce jour-là, c’est Virginie, accompagnée de son chien Darius (dont ma doudoune se souvient encore de l’enthousiasme ;-)) qui m’a accueillie sur place en début d’après-midi.

Au programme : un échange très intéressant sur l’appellation et ses problématiques, puis une visite du domaine en compagnie d’un couple de vignerons italiens de passage dans la région.

Un domaine qui fut baptisé lors de son rachat par Patrice en 1993. « Causse » car l’ensemble du vignoble s’étend sur un causse calcaire et « Marines » eut égard au nom du ruisseau délimitant le bas de la propriété. Une propriété qui s’étend aujourd’hui sur 40 ha, dont 12 ha de vignes qui entourent la maison (une ancienne ferme que Virginie et Patrice ont restaurée).

Si on y regarde de plus près, rien ne prédisposait a priori Patrice et Virginie à atterrir à Gaillac puisque le premier est originaire de Bordeaux et la seconde du Jura.
Patrice, diplômé de l’Institut d’Oenologie de Bordeaux, fit ses classes à Sancerre et en Provence avant de se lancer en solo en 1993. Virginie quant à elle est d’abord passée sur les bancs d’une grande école de commerce et a travaillé dans d’autres domaines avant de choisir la voie du vin et d’entreprendre des études viti-vinicoles au CFPPA de Beaune. En 2005, elle est venue faire les vendanges à Causse Marines et n’est jamais repartie.
Alors pourquoi le choix de Gaillac?

Mise à l’honneur des cépages autochtones

Leur intérêt commun pour les vieux cépages autochtones est une des raisons principales.
Les vignes travaillées sur le domaine sont ainsi soit des vieilles vignes « greffées en place » (celles en bas de la maison datent de 1932 et celles près de la route ont 70 ans) soit de nouvelles plantations issues de sélection massale ; et on y trouve pas moins de 13 cépages : Muscadelle, Loin de l’Oeil, Ondenc, Mauzac, Chenin, Sémillon et Petit Manseng pour les blancs ; Braucol, Duras, Prunelard, Syrah, Jurançon et Alicante pour les rouges.

Darius nous accompagne dans la visite du domaine

Darius nous accompagne dans la visite du domaine

Bio, biodynamie et vins natures : une évidence

Le choix de cette propriété un peu à l’écart du village et le rachat par la suite des terrains et forêts l’entourant ont été motivés par leur volonté de se créer un petit îlot isolé leur permettant d’être tranquilles et de travailler comme ils le souhaitaient, c’est-à-dire en accord avec la nature. Comme je l’évoquais plus haut, le domaine de Causse Marines est conduit en biodynamie. Officiellement certifié bio depuis 2008 (même s’il l’était officieusement depuis 1997), il est également certifié Demeter depuis 2009.

C’est Virginie qui s’occupe des préparations nécessaires au travail en biodynamie.
Les sols sont travaillés un rang sur deux, les vignes bichonnées et taillées en guyot sur fil ou en gobelet selon les cépages. A partir de mi septembre pour les vins blancs secs et jusqu’à fin octobre ou fin novembre pour les vins doux, les raisins sont vendangés et triés manuellement (un gîte est loué pour l’occasion pour la ribambelle d’amis fidèles qui viennent leur prêter mains fortes). Un travail d’orfèvre qui se traduit par des rendements, d’environ 25 hectolitres par hectare.
Le soin apporté dans les vignes pour obtenir les meilleurs raisins, est suivi d’un travail de vinification à la cave qui se veut le plus naturel possible. Les raisins sont pressés en inertage sous gaz carbonique afin de limiter l’usage du soufre, et collage et filtration sont réduits au maximum.

Maintenant que vous savez tout ou presque sur le domaine et sur la façon dont les vins sont élaborés, passons à une étape essentielle, la dégustation !

Et côté dégustation, ça donne quoi?

Niveau production, Causse Marines produit environ 50% de vins blancs ou moelleux et 50% de vins rouges.

Le jour J, je n’ai pas eu l’occasion de tout goûter car plusieurs cuvées étaient en rupture de stock ou pas encore mises en bouteille.
Mais nous avons tout de même eu le plaisir de découvrir plusieurs vins, classés en vins de table : Dencon, Rasdu, Zacmau.
Bizarres ces noms me direz-vous, mais il s’agit en fait des noms à l’envers des cépages avec lesquels ils sont élaborés (une façon astucieuse de contourner la règle qui empêche de mentionner le nom des cépages sur les vins de table) : Dencon pour Ondenc, Rasdu pour Duras et Zacmau pour Mauzac.
Pour ma part, j’ai été séduite par le Zacmau qui parvient à allier finesse et peps, et possède une belle longueur. Mais j’ai aussi trouvé le Rasdu très intéressant, avec des tannins présents et une belle acidité, typique du Duras. Un vin que j’apprécierais cependant davantage à table à mon avis.

Pour finir, Virginie nous a réservé une petite surprise en sortant un truc un peu barré, une cuvée baptisée Hystérie. Hystérie en résumé c’est un moût partiellement fermenté, 10 ans d’élevage et seulement 1° d’alcool, le tout dans une bouteille allongée de 10 cl. Le résultat : un nectar ultra concentré, à la texture sirupeuse, mais qui conserve de l’acidité. Très original en bouche !

De retour à Toulouse, je suis allée faire un saut chez mon caviste et j’ai réussi à y dégoter quelques cuvées supplémentaires, en AOC ce coup-ci, que je me suis empressée de goûter.

Les Greilles 2011 (blanc) : un vin qui m’a moins convaincue que le Zacmau. Nez un peu fermé, bouche manquant d’acidité à mon goût. Mais j’aurais peut-être dû l’aérer un peu plus. À retester donc!
Les Peyrouzelles 2011 (rouge) : un vin sur le fruit, tout en légèreté, avec une pointe d’épices. Seul bémol : une finale qui m’a semblée un peu courte.
Grains de Folie 2008 (blanc moelleux) : une jolie robe dorée, de la finesse, de la complexité et surtout un bel équilibre entre la douceur et l’acidité qui évite l’écueil de certains vins moelleux que je trouve parfois trop sucrés.

Les cuvées dégustées

Les cuvées dégustées

Pour finir ce billet, je citerais la phrase de conclusion sur la brochure présentant le domaine que Virginie m’a remise en partant car elle traduit très bien pour moi l’état d’esprit des vins de Causse Marines :

« On peut faire bio « sans avoir le cheveu long et fumer la moquette » ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache ».

Domaine de Causse Marines
Patrice Lescarret & Virginie Maignien
81140 Vieux
Tél : +33 (0)5 63 33 98 30

Je vous invite également à aller sur leur site internet http://www.causse-marines.com pour découvrir les autres cuvées disponibles et suivre l’actualité du domaine.

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Quand l’amour et le vin se racontent en images (2)

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Après un week-end qui a vu la célébration du film « Amour » de Michael Haneke d’abord aux Césars (5 récompenses dont le César du meilleur film) puis aux Oscars (sacré meilleur film étranger), je vous propose de continuer sur ce thème afin de clore le billet « amour et vin en images » débuté la semaine dernière. Car quand on évoque le lien qui unit un vigneron à ses vignes et à son vin, c’est bien souvent d’amour qu’il est question.

Dans la première partie de ce billet (que vous pouvez lire ICI), j’évoquais Les Ignorants d’Etienne Davodeau, une bande dessinée pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur. Aujourd’hui, c’est d’un DVD dont je vais vous parler.

Il se trouve qu’il y a quelque temps j’ai commandé le DVD de La Clef des Terroirs de Guillaume Bodin car je n’avais pas vu ce film documentaire lors de sa sortie en salles en 2011. Le DVD reçu, je n’ai malheureusement pas eu le temps de le regarder tout de suite et ça n’a pas loupé, après l’avoir rangé, je l’ai comme qui dirait « oublié » dans son placard.
Or voilà que je retombe dessus en rangeant ma BD des Ignorants. Ni une ni deux, je m’empare du DVD et file le regarder, convaincue qu’il tombe à pic pour mieux comprendre le concept de biodynamie abordé rapidement dans Les Ignorants. D’autant plus qu’en relisant le descriptif au dos, je m’aperçois que Richard Leroy fait partie des vignerons interrogés !

Quelques heures plus tard (car le dvd contient le film de 82 min mais aussi plusieurs bonus), je suis à la fois ravie de mon achat et contente de l’avoir regardé juste après Les Ignorants.

Pourquoi j’ai aimé ce film?

D’abord parce que c’est un très beau film, visuellement parlant.

Ensuite, parce que la biodynamie y est expliquée de façon relativement simple. On apprend ce qu’est la bouse de cornes (oui, oui, vous avez bien lu), pourquoi on l’utilise, quelles sont les propriétés des tisanes, etc. On est loin des clichés réducteurs qui la présentent souvent comme un truc pour les illuminés. D’ailleurs ce film rappelle très justement que le vignoble de la Romanée Conti en Bourgogne est conduit en biodynamie. Or Aubert de Villaine n’a, à mes yeux, rien d’un illuminé.

Enfin, si je l’ai aimé, c’est surtout parce que c’est un film qui place l’humain au coeur du message. Pas question de sectarisme dans ce film. Tous les protagonistes ou presque vous disent que le choix de la biodynamie est un choix personnel, une philosophie de vie. Ce qui les anime c’est avant tout l’amour qu’ils portent à leur terroir, à leurs vignes, à leurs raisins ; la volonté qu’ils ont d’accompagner ces derniers, comme on accompagne un enfant tout au long de sa vie. Et cet amour se ressent presque à chaque instant dans ce film. Dans la façon dont les frères Bret touchent leurs vignes, dans la façon dont Thibault Liger Belair prend les raisins à pleines mains dans sa cuve en parlant de « ses bébés », dans la façon dont Richard Leroy écoute ses barriques en se réjouissant de la reprise de la fermentation après le froid de l’hiver…

Après ceci, je ne vais pas vous mentir, je ne me suis pas pour autant transformée en farouche partisane de la biodynamie.
Pourquoi? Tout simplement parce que pour moi, ce qui importe avant tout c’est que le vin soit bon et qu’on prenne du plaisir à le boire. Or la pratique de la biodynamie, aussi louable soit-elle, ne garantit pas à mes yeux que le vin soit bon. Et mes dégustations jusqu’à présent m’ont par ailleurs déjà prouvé que les vignerons pratiquant la biodynamie n’étaient pas les seuls à pouvoir faire du bon vin.
En revanche, ce que j’aime dans la biodynamie telle qu’elle est présentée dans le film de Guillaume Bodin c’est le rapport de ces vignerons à leur terre et cette idée de traiter la vigne et le sol comme des êtres vivants, de les protéger, de les soigner…pour en tirer le meilleur, la quintessence.

Cette première plongée virtuelle dans cet univers de la biodynamie m’a d’ailleurs donné envie d’aller à la rencontre de vignerons ayant fait ce choix pour mieux comprendre leur démarche personnelle et goûter le résultat. Car comme le dit très bien Guillaume Bodin, « le vin c’est une histoire mise en bouteille« .
Je vous parlerai bientôt de ces rencontres sur Very Wine Trip.

En attendant, je vous conseille vivement de regarder La Clef des Terroirs pour vous faire votre propre avis.

Et pour conclure, je reprendrais 2 phrases du film qui me semblent pertinentes pour résumer la biodynamie :

« Ce n’est pas la biodynamie qui fait la qualité d’un vin mais la biodynamie aide le vigneron à se remettre en question et à avoir une meilleure compréhension de la nature et de la terre » – Thierry Germain

« Si les vignerons regardaient avec un regard amoureux leurs vignes, on aurait fait un grand pas dans l’agriculture en terme de respect des terroirs » – Jean-Philippe Bret

La Clef des Terroirs – Un film de Guillaume Bodin
Production Universditvin – Éditions Montparnasse
Pour en savoir plus sur ce film, n’hésitez pas à aller sur le site www.laclefdesterroirs.com

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